Différence entre Psychanalyse et Psychothérapie

Propos d’Éric Ruffiat, L’alliance thérapeutique, Conférence Nîmes, 11 Février 2012

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« Historiquement, psychothérapeutes et psychanalystes ont souvent été les seules et mêmes personnes. Suivre une psychothérapie était synonyme de cure à l’origine. Quand on disait qu’on faisait une psychanalyse à Vienne, on allait en cure, il n’y avait pas de différence. La psychothérapie était synonyme de cure analytique ou psychanalytique. On faisait une psychothérapie qui s’appelait une psychanalyse. C’est important de le savoir car aujourd’hui, on tend quand même à faire des différences, on dit est-ce une psychothérapie ? Une psychanalyse ? Une psychothérapie de type analytique ? On connaît les déclinaisons. Il faut savoir qu’historiquement, ça ne tient pas la route, même si dans l’actuel on fonctionne sur ce modèle. Il y a deux raisons pour affirmer que ça ne tient pas la route. La première, c’est que Freud, quand il a inventé la psychanalyse, n’avait qu’un but au départ, celui de soigner et de guérir. Il avait véritablement l’éthique médicale avec l’idée de mettre en place des moyens, avec au bout la guérison. C’était en lien direct avec sa poussée créatrice ».

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« La deuxième évolution, c’est qu’il a commencé à s’apercevoir que l’idée même de l’humain, c’est-à-dire la définition qu’il avait de l’humain, l’amenait à ne plus prendre en fait la science médicale à la lettre. L’individu n’était plus un objet dans les mains d’un médecin, non plus un objet subissant un traitement, mais un sujet en train de prendre en main son travail, sa cure, sa souffrance. Freud laissait entendre que les choses pouvaient se vivre différemment. Il change alors à partir de ce moment là la vision de la thérapie, on passe d’un statut d’objet à une notion de sujet. De ce fait, on change de protocole, il n’était plus forcément question de guérison au bout, au sens que le champ médical l’avait posée, au sens des moyens que l’on se donnait pour y parvenir, mais plutôt des moyens que l’individu s’autorisait à se donner pour comprendre ce qu’il lui arrivait. Ce phénomène de départ a donc subit des transformations assez importantes, c’est pour ces raisons et seulement à partir de ce moment là qu’on a vu apparaître progressivement une différence fondamentale entre la psychothérapie et la psychanalyse. À partir du moment où la notion de sujet est posée, la psychanalyse a du se défaire de l’idée de psychothérapie au sens absolu du terme, c’est-à-dire avec une notion de guérison. Ce qui ne veut pas dire que la psychanalyse ne guérit pas, mais que la notion de guérison semblerait être différente d’une définition telle que le protocole de la psychothérapie l’avait définie au départ. Cette différence va forcément amener l’idée qu’à partir du moment où la psychanalyse ne définit plus les mêmes postulats que la thérapie de base et son application médicale, elle ne peut pas véritablement être considérée sous cette forme là. Après, il a fallu trouver des psychothérapies qui prenaient en compte l’apport psychanalytique mais qui gardaient toujours en main l’objectif soin et guérison. On a progressivement fait apparaître la notion de psychothérapie analytique puis plus largement des psychothérapies différentes, hors du champ de la psychanalyse, comportementalistes ou autres ».

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« On est dans les années 30, on est véritablement dans la psychothérapie qui se sépare de la psychanalyse tout simplement parce que La psychanalyse donne une nouvelle dimension au patient, celle de sujet. Cette notion n’est pas tout à fait intégrée, c’est-à-dire que beaucoup de médecins ne font pas la différence à ce moment là tout en pratiquant la psychanalyse. C’est de ce flou que va venir ceux qui pratiquent la psychanalyse dans un champ médical (certains en sont sortis) et ceux qui n’y sont jamais entrés et considèrent que la psychanalyse n’a rien à y faire. D’où vient cette différence ? C’est qu’elle était commune à la thérapie, qu’elle a subit une première modification aux maladies mentales, la psychothérapie. Cette dernière a amené Freud à pratiquer la psychanalyse, évolution où le patient, le patient objet, objet d’étude, objet de travail, objet de guérison, s’est approprié lui-même le traitement et a décrit lui même les éléments du traitement, il est ainsi devenu sujet. Cette première période peut être encore aujourd’hui conservée par certains praticiens ou psychothérapeutes de courants divers qui restent sur cette base de thérapie dans laquelle le postulat est déjà détenu par le thérapeute lui-même qui propose des applications à son patient et des outils pour se définir. Cela fait une différence : il y a là une technique, des outils, une formulation sur lesquelles peut s’appuyer le patient pour se définir. Au travers de ce schéma développé par le thérapeute, il y a un protocole de soin, un traitement que l’on retrouve dans la médecine classique auquel le patient devra se conformer. Ce protocole devra être accepté pour que la thérapie soit efficace ».